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octobre : Philippe Zaouati appelle le monde économique à prendre sa part face à la crise de la cohésion sociale

À la suite des manifestations du 17 octobre, Philippe Zaouati appelle le monde économique à ne pas considérer la dégradation de la cohésion sociale comme un sujet extérieur à l’entreprise. Ancien dirigeant de Mirova, il défend une lecture économique de la crise sociale : les tensions, la précarité et le sentiment d’exclusion peuvent affecter l’activité, fragiliser les territoires et rendre plus incertaines les perspectives des entreprises. Selon lui, le coût de l’inaction reste insuffisamment intégré aux décisions des dirigeants, alors même que la stabilité sociale constitue une condition du fonctionnement des marchés.

Son raisonnement s’inspire des débats sur le climat : les entreprises ont davantage agi lorsque les risques de l’inaction ont été traduits en conséquences concrètes pour leur activité. Il ne s’agit pas, précise-t-il, de leur attribuer seules la responsabilité d’un problème qui relève aussi des choix publics et de l’organisation de l’État. Mais la responsabilité des entreprises est engagée par leurs pratiques d’emploi, leurs politiques salariales et leurs décisions d’implantation. L’enjeu est donc d’élargir l’engagement économique au-delà de la compétitivité et de la fiscalité, en intégrant la solidarité, l’inclusion sociale et le dialogue social aux conditions d’une prospérité durable.

octobre : Philippe Zaouati appelle le monde économique à prendre sa part face à la crise de la cohésion sociale

Philippe Zaouati : pourquoi la cohésion sociale concerne le monde économique

Les dirigeants raisonnent généralement à partir des variables directement liées à leur activité : revenus, coûts, fiscalité, compétitivité et capacité à investir. Cette grille de lecture est indispensable à la gestion d’une entreprise, mais elle peut laisser de côté des risques moins immédiatement visibles, parmi lesquels l’affaiblissement des liens sociaux.

Philippe Zaouati cite les conséquences possibles des émeutes : des commerces peuvent être pillés, fermer temporairement et subir des pertes importantes. Au-delà des dégâts matériels, l’interruption du travail et la dégradation du climat local affectent salariés, clients et fournisseurs. L’analyse présentée dans l’entretien consacré à la crise de la cohésion sociale met ainsi en avant un point central : la stabilité des relations sociales n’est pas seulement un objectif de politique publique, elle conditionne aussi la continuité de l’activité.

Cette approche ne signifie pas que chaque difficulté sociale se traduise mécaniquement par une perte commerciale. Elle invite plutôt à mieux prendre en compte les effets cumulés de la défiance, de l’insécurité économique et des fractures territoriales. Pour les entreprises, la cohésion sociale relève aussi de la gestion des risques à long terme.

Le coût de l’inaction sociale : un parallèle avec le risque climatique

Zaouati rapproche le débat sur la cohésion sociale de celui qui a progressivement conduit les entreprises à intégrer les risques climatiques. Les appels fondés uniquement sur la morale ont, selon lui, eu une portée limitée ; la prise en compte des coûts potentiels de l’inaction a davantage modifié les décisions. Il estime que le même raisonnement peut s’appliquer lorsque les inégalités se creusent et qu’une partie de la population, notamment les jeunes, ne perçoit plus de perspectives d’avenir.

Dans son analyse, une croissance atone, la hausse des taux d’intérêt et la défiance croissante s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilisation sociale. Il s’agit de son appréciation des liens entre ces phénomènes, et non d’une explication unique de leur évolution. Les taux, par exemple, dépendent de facteurs monétaires et financiers multiples ; son argument porte sur la manière dont un environnement social dégradé peut ajouter de l’incertitude et peser sur la confiance.

La comparaison avec le climat a toutefois ses limites : les politiques sociales mobilisent des institutions, des services publics et des arbitrages budgétaires qui dépassent le périmètre des entreprises. Zaouati ne leur demande pas de se substituer à l’État, mais de reconnaître qu’elles ne peuvent rester inactives. Mesurer le coût de l’inaction permet de faire entrer les conséquences sociales dans les décisions économiques.

Emploi, salaires et territoires : la responsabilité des entreprises

Les pratiques des entreprises ont des effets directs sur les conditions de vie et les équilibres locaux. La précarisation de certains emplois, notamment dans les activités liées aux plateformes, les niveaux de rémunération, les délocalisations ou les suppressions de postes peuvent affecter les salariés et les territoires concernés. Ces évolutions ne produisent pas partout les mêmes conséquences, mais elles participent aux dynamiques qui structurent la cohésion sociale.

Pour autant, Zaouati refuse de réduire le monde économique à ces seuls effets négatifs. Il rappelle que de nombreux dirigeants de PME en région s’efforcent de maintenir l’emploi et d’accompagner leurs équipes, parfois dans un contexte difficile. Il évoque également la décision de BNP Paribas d’augmenter les salaires, qu’il interprète comme un signal susceptible d’influencer les pratiques d’un secteur. La question n’est donc pas de condamner les entreprises, mais d’examiner concrètement les différentes manières de créer de la richesse.

Les enjeux de précarité et d’inégalités sur le marché du travail sont également abordés dans cette analyse des fractures de l’emploi en France. À l’échelle d’une entreprise, la politique salariale, la qualité des emplois et les perspectives de progression constituent des leviers concrets, même si leur portée dépend aussi de la situation économique et du cadre réglementaire.

  • Préserver l’emploi local : lorsqu’une activité est réorganisée ou déplacée, mesurer ses conséquences sur les salariés et les écosystèmes locaux.
  • Faire vivre le dialogue social : associer les équipes aux décisions qui transforment les conditions de travail et l’organisation des métiers.
  • Renforcer l’inclusion sociale : ouvrir des voies d’accès à l’emploi et à la formation pour les personnes qui en sont éloignées.
  • Examiner les politiques de rémunération : évaluer leur cohérence avec les besoins des salariés et la capacité de l’entreprise à pérenniser ses activités.

Ces pistes ne garantissent pas, à elles seules, une amélioration générale de la situation sociale. Elles montrent néanmoins comment la responsabilité des entreprises peut se traduire dans des choix de gestion observables, plutôt que dans des déclarations de principe.

Prise de parole des entreprises : agir sans adopter de position partisane

Philippe Zaouati considère que les entreprises ont une place dans le débat démocratique, sans pour autant devoir soutenir un camp politique. Leur clientèle, leurs partenaires et leurs équipes réunissent des opinions diverses ; une prise de position partisane pourrait donc fragiliser leur capacité à rassembler. Il leur revient plutôt de rappeler aux responsables publics que la cohésion sociale et un climat apaisé sont aussi des conditions favorables à l’activité.

Cette distinction est importante : participer au débat ne signifie ni remplacer les élus ni définir seuls les politiques sociales. Les entreprises peuvent faire connaître les conséquences économiques de la défiance, signaler les besoins de leurs territoires et soutenir des démarches de solidarité ou de formation. L’action collective suppose alors une répartition claire des rôles entre acteurs économiques, pouvoirs publics et société civile.

Dans le compte rendu des pillages du 17 octobre, les conséquences des dégradations pour les entreprises illustrent la dimension immédiate du problème : commerces touchés, activité interrompue et demandes de réponse publique. L’appel de Zaouati élargit cette perspective en invitant aussi les dirigeants à parler d’éducation, de modèle social et d’avenir des territoires. La compétitivité ne peut durablement être dissociée des conditions sociales qui rendent l’activité possible.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.