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Désertification, biodiversité, climat : les trois COP peuvent-elles vraiment changer la donne ?

Trois conférences, trois crises étroitement liées, mais des résultats qui ne suivent pas toujours l’ampleur des engagements annoncés. En 2026, les COP consacrées à la biodiversité, à la désertification et au climat se tiennent dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, la crise énergétique et les contraintes économiques. Ces priorités concurrentes réduisent la place accordée aux enjeux environnementaux dans le débat public, alors même que la dégradation des terres, l’érosion du vivant et le changement climatique se renforcent mutuellement.

Les rendez-vous de cette année offrent toutefois des points de passage importants : à Erevan, la COP17 Biodiversité examine les progrès réalisés depuis l’accord de Kunming-Montréal ; à Oulan-Bator, la COP17 Désertification n’a pas débouché sur un protocole consacré à la sécheresse ; à Antalya, la COP31 Climat doit relancer des négociations encore peu avancées sur les énergies fossiles. Leur capacité à changer la donne dépendra moins des déclarations finales que de leur traduction en financements, en politiques publiques et en actions vérifiables.

Désertification, biodiversité, climat : les trois COP peuvent-elles vraiment changer la donne ?

Trois COP en 2026 face à des crises environnementales liées

Les négociations sur le climat, la biodiversité et la désertification relèvent de conventions distinctes, mais leurs sujets se recoupent. La restauration des sols peut, par exemple, limiter l’érosion, soutenir les habitats naturels et contribuer à l’adaptation climatique ; à l’inverse, des terres dégradées fragilisent les écosystèmes et les populations qui en dépendent.

Cette interdépendance est reconnue depuis les grands accords issus du Sommet de la Terre de Rio, mais elle ne se traduit pas automatiquement par une action coordonnée. Les calendriers, les objectifs et les mécanismes financiers restent séparés. Une analyse sur la convergence entre climat, biodiversité et sols souligne ainsi l’importance de mieux relier les agendas des trois conventions.

Pour les gouvernements, l’enjeu est concret : une mesure favorable à un objectif peut en compromettre un autre si elle est mal conçue. La coopération internationale doit donc s’appuyer sur des politiques compatibles, plutôt que sur l’addition de promesses sectorielles.

COP17 Biodiversité à Erevan : un premier bilan à mi-parcours

Ouverte le 19 octobre à Erevan, la COP17 Biodiversité constitue une étape de suivi des objectifs adoptés à Kunming-Montréal en 2022, avec l’horizon 2030 en ligne de mire. Selon les éléments disponibles, le constat est préoccupant : sur les 23 cibles du cadre mondial, seule la cible 8, consacrée à la réduction des effets du changement climatique sur la biodiversité, apparaît en bonne voie.

Les obstacles sont à la fois financiers et structurels. Les financements restent insuffisants, les subventions dommageables pour la nature demeurent élevées, tandis que l’usage de produits chimiques dans l’agriculture et le retard des programmes de restauration limitent la préservation des écosystèmes.

Le bilan à mi-parcours peut néanmoins aider les États à identifier les mesures les plus urgentes. Pour être utile, il doit s’accompagner d’indicateurs comparables et de moyens de suivi : sans ces éléments, les engagements risquent de rester difficiles à évaluer.

Désertification : l’absence de protocole sur la sécheresse reportée à 2028

Réunie à Oulan-Bator en août, la COP17 Désertification n’a pas abouti au protocole sur la sécheresse réclamé de longue date par le groupe Afrique. La décision a été renvoyée à la prochaine conférence, prévue en 2028, alors que plusieurs régions du monde affrontaient des records de chaleur.

Ce report laisse en suspens la mise en place d’un cadre dédié à la prévention et à la gestion des sécheresses. Il ne signifie pas que toute action est interrompue, mais il révèle les difficultés à faire converger les priorités des États sur la lutte contre la dégradation des terres et le partage des responsabilités.

La restauration des sols relie pourtant les enjeux de sécurité alimentaire, de biodiversité et de climat. Les mesures locales — gestion durable de l’eau, protection des sols, remise en état des terres dégradées — peuvent produire des effets complémentaires, à condition d’être financées et adaptées aux réalités des territoires. Le retour sur les débats de la COP17 consacrés à la santé des sols met en lumière cette dimension stratégique.

COP31 Climat à Antalya : l’électrification au cœur des discussions

La COP31 doit s’ouvrir à Antalya le 9 novembre. Elle devrait attirer davantage de responsables politiques et de médias que les deux autres conférences, mais la question centrale reste celle de la mise en œuvre. Depuis la COP28 de Dubaï, en 2023, le consensus sur une transition progressive hors des énergies fossiles et sur le triplement des capacités renouvelables n’a pas été suivi d’avancées significatives à la hauteur des attentes.

La présidence turque place l’électrification parmi ses priorités, une façon d’aborder la transition énergétique par le développement des usages électriques. Pour Sébastien Treyer, directeur général de l’Iddri, un accord montrant que la Chine, l’Union européenne et d’autres pays soutiennent cette orientation pourrait envoyer un signal important. Il estime également que les progrès sur la sortie des énergies fossiles pourraient alimenter les discussions du prochain bilan mondial, prévu en 2028 à la COP33.

Cette approche ne règle pas à elle seule la question de l’origine de l’électricité ni celle du rythme de réduction des combustibles fossiles. Elle peut toutefois créer un terrain d’entente entre économies aux trajectoires énergétiques différentes. Le test sera de savoir si l’électrification complète les engagements existants ou sert à éviter les décisions plus difficiles.

Des accords environnementaux confrontés à l’écart entre ambition et action

Le décalage entre les objectifs internationaux et leur application peut prendre la forme d’un « schisme de réalité » : les sommets affichent des ambitions élevées, tandis que les politiques nationales, les investissements et les pratiques économiques évoluent plus lentement. Les tensions financières et sociales compliquent les arbitrages, mais elles renforcent aussi la nécessité de rendre les mesures environnementales lisibles et équitables.

La coopération internationale dépend également de la qualité des connaissances scientifiques mobilisées. La Chine et d’autres États, dont l’Arabie saoudite, font pression pour que le prochain rapport du Giec ne soit pas publié avant la COP33 de 2028. Or, les évaluations scientifiques publiées avant des rendez-vous majeurs ont déjà contribué à structurer les débats et à éclairer les engagements politiques.

Pour rapprocher les décisions des résultats, plusieurs leviers peuvent être suivis d’une COP à l’autre :

  • Financer les engagements : préciser les montants, les sources et les modalités de versement, notamment pour les pays les plus exposés à la sécheresse et aux effets du climat.
  • Réduire les incitations dommageables : examiner les subventions qui encouragent la dégradation des sols ou la perte de biodiversité.
  • Mesurer les progrès : publier des indicateurs comparables sur la restauration des terres, la protection des milieux et la réduction des émissions.
  • Relier les politiques : intégrer la préservation de la nature, l’adaptation climatique et le développement durable dans les décisions agricoles, énergétiques et d’aménagement.

Ces pistes supposent une continuité entre les conférences et les décisions prises à l’échelle nationale. Les trois conventions et leur rôle dans la coopération francophone illustrent l’importance des échanges entre États, mais la coordination diplomatique ne suffit pas sans politiques applicables sur le terrain.

Un réchauffement projeté à 2,8 °C : quelle marge d’action pour les COP ?

Selon une nouvelle estimation des Nations unies mentionnée dans les données disponibles, la trajectoire actuelle conduit à un réchauffement mondial de 2,8 °C. Cette projection rappelle que les engagements annoncés ne réduisent pas encore suffisamment l’écart entre les politiques en place et les objectifs climatiques.

Les COP peuvent fixer des orientations communes, rendre visibles les retards et faciliter la coopération internationale. Elles ne remplacent toutefois ni les décisions budgétaires ni les changements réglementaires et économiques nécessaires à leur application. Leur capacité à changer la donne se mesurera à la continuité des actions engagées, et non au seul nombre d’accords adoptés.

Pour la biodiversité, les sols et le climat, le résultat décisif sera donc la conversion des engagements en mesures financées, suivies et évaluées. À défaut, les trois conférences risquent de confirmer le diagnostic sans infléchir la trajectoire.

Les enjeux de restauration des terres et de convergence des politiques environnementales sont également présentés dans cette ressource du PNUD sur la nature, le climat et les terres.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.