NEWS

La RSE en entreprise : les directions dédiées ont-elles encore un avenir ?

Les directions RSE sont sous pression : dans plusieurs grands groupes internationaux, des postes sont supprimés ou réaffectés, tandis que les équipes et les budgets se contractent. Starbucks a supprimé sa fonction dédiée à la durabilité, McDonald’s a réassigné son directeur RSE sans préciser le devenir du poste, et Unilever a transféré certaines missions à la communication. Aux États-Unis, le nombre de directeurs de la durabilité dans les entreprises cotées a même reculé pour la première fois en quinze ans, selon les données disponibles. Ce mouvement nourrit une question centrale pour les entreprises : la responsabilité sociétale est-elle en train de perdre sa place, ou de changer de forme ?

Les deux phénomènes ne se confondent pas. Le recul de certaines fonctions intervient dans un contexte de contraintes budgétaires, de tensions géopolitiques et d’évolutions réglementaires, alors même que les attentes liées au climat, à l’impact social et à la gouvernance demeurent. Une analyse approfondie révèle que le cœur du métier se déplace : moins centré sur la production de rapports, il doit davantage peser sur les décisions financières, les achats et les opérations. Près de 40 % des directeurs de la durabilité interrogés dans une étude sectorielle anticipent une diffusion de la RSE dans l’ensemble des métiers, notamment au sein des directions financières. L’avenir des métiers spécialisés dépendra donc de leur capacité à accompagner cette transformation organisationnelle, plutôt que de leur seule présence dans un organigramme.

La RSE en entreprise : les directions dédiées ont-elles encore un avenir ?

Direction RSE en entreprise : une fonction fragilisée, mais pas nécessairement condamnée

Les suppressions de postes ne prouvent pas, à elles seules, que les entreprises renoncent à leurs engagements. Elles signalent toutefois une perte de visibilité de certaines directions spécialisées, notamment lorsque leur activité est assimilée au reporting et à la conformité. La directive européenne CSRD a contribué à développer ces missions ; les ajustements réglementaires et les arbitrages budgétaires peuvent désormais en réduire le périmètre.

Les équipes doivent aussi justifier leur contribution à la performance dans des organisations où les conseils d’administration arbitrent entre plusieurs urgences. Un responsable RSE cité sous couvert d’anonymat décrit un environnement marqué par les coupes budgétaires et la concurrence d’autres priorités. Les débats sur la possible disparition des directions de la durabilité reflètent ainsi moins une disparition immédiate des enjeux qu’une remise en question de leur organisation.

La pression réglementaire demeure néanmoins un facteur structurant, même si son calendrier et son champ d’application évoluent. Pour les entreprises, l’enjeu consiste à distinguer les tâches de conformité susceptibles d’être simplifiées des responsabilités durables qui restent nécessaires à la gestion des risques. La fragilisation d’une équipe ne signifie pas automatiquement l’abandon de la stratégie responsable.

Du reporting à la stratégie responsable : intégrer la RSE aux décisions

La transformation attendue concerne d’abord la place de la RSE dans les décisions opérationnelles. Carine de Boissezon, directrice de l’impact du groupe EDF, estime que certains emplois liés au reporting et à la conformité pourraient diminuer, tout en soulignant que les sujets de durabilité restent stratégiques. Ils doivent être reliés à la matérialité de l’entreprise, c’est-à-dire aux impacts et aux risques qui comptent réellement pour son activité.

Cette évolution suppose de traduire les enjeux environnementaux et sociaux dans des critères que les directions métiers peuvent utiliser. Le risque climatique peut, par exemple, être rapproché de ses conséquences financières ; les exigences de traçabilité, intégrées aux procédures d’achat et au suivi des fournisseurs. Cette approche donne à la direction financière, aux achats et aux opérations un rôle concret dans la transition écologique, au lieu de laisser ces responsabilités à une équipe isolée.

Dans une entreprise industrielle fictive, une responsable durabilité ne se limiterait plus à consolider les émissions de CO₂. Elle travaillerait avec les achats sur les fournisseurs, avec la production sur la consommation de ressources et avec la finance sur les investissements nécessaires. Les analyses consacrées à la manière dont les directions RSE redéfinissent leur rôle mettent en avant cette évolution vers un pilotage plus transversal. La RSE devient opérante lorsqu’elle influe sur les choix de l’entreprise, et pas seulement sur leur compte rendu.

Des missions désormais partagées entre les directions

  • La finance évalue les risques, les besoins d’investissement et les conséquences économiques des choix de durabilité.
  • Les achats intègrent les critères sociaux et environnementaux dans la sélection et le suivi des fournisseurs.
  • Les opérations agissent sur les émissions, l’usage des ressources et la conception des produits ou services.
  • La gouvernance fixe les responsabilités, les objectifs et les modalités de suivi à l’échelle de l’entreprise.

Cette répartition ne fonctionne que si les responsabilités sont explicites et les indicateurs fiables. Sans cela, la diffusion de la RSE risque de diluer les obligations : chacun peut considérer que le sujet relève d’un autre service. Partager les missions exige donc de renforcer la coordination.

L’avenir des métiers RSE : un rôle de chef d’orchestre et de transformation

La diffusion des enjeux dans les services ne rend pas inutile une expertise dédiée. Les données relatives aux émissions, à l’eau, à la biodiversité ou aux conditions de travail sont complexes à collecter, fiabiliser et auditer. Une équipe spécialisée peut en garantir la cohérence, comparer les résultats et aider les directions à comprendre les effets de leurs décisions.

Les missions évoluent également vers la transformation des modèles d’affaires : économie circulaire, allongement de la durée de vie des produits ou développement de services moins consommateurs de ressources. Le rapport consacré à la RSE comme levier de transformation des modèles économiques s’inscrit dans ce débat. Le rôle spécialisé consiste alors à faire travailler ensemble les métiers et à relier les objectifs de durabilité aux décisions stratégiques.

Le principal risque, en 2026, est celui d’un décalage entre un mandat élargi et des moyens insuffisants. Les professionnels doivent répondre aux demandes de reporting, suivre les risques environnementaux et contribuer à la transformation des activités, sans toujours disposer d’une autorité ou d’un accès suffisant aux instances où sont décidés les investissements. Les compétences attendues associent donc maîtrise financière, compréhension des opérations et capacité à dialoguer avec la direction générale.

Pour les entreprises, quelques conditions permettent d’éviter que l’intégration ne se traduise par un simple effacement des responsabilités :

  • maintenir une expertise centrale capable de fiabiliser les données et de suivre les impacts ;
  • attribuer clairement les objectifs aux directions concernées et mesurer leurs résultats ;
  • associer la RSE aux décisions de financement, d’investissement et de développement commercial ;
  • donner aux spécialistes un accès régulier aux instances de gouvernance.

Les directions RSE peuvent donc perdre une partie de leurs effectifs ou de leur autonomie sans que leurs missions disparaissent. Leur avenir dépendra de leur capacité à passer du contrôle des engagements à l’accompagnement de leur mise en œuvre. La fonction ne s’efface pas nécessairement : elle se redessine comme un centre d’expertise et de coordination au service de l’entreprise.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.