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Biodiversité : le SBTN compte sur les investisseurs pour inciter les entreprises à agir

À l’occasion de la COP17 sur la biodiversité, le Science Based Targets Network (SBTN), avec le soutien du WWF France et du CDP, a lancé un programme destiné aux institutions financières. L’objectif : leur fournir des repères pour analyser les démarches des entreprises sur la nature et transformer cette lecture en dialogue avec les sociétés dans lesquelles elles investissent. Le réseau mise ainsi sur les investisseurs pour accélérer l’adoption d’objectifs fondés sur la science et renforcer l’engagement actionnarial.

Cette initiative répond à une difficulté pratique : les cadres de reporting sur la nature se multiplient, tandis que les acteurs financiers doivent distinguer les déclarations générales des plans assortis de priorités et d’actions vérifiables. Le SBTN propose une base technique commune pour mieux évaluer la crédibilité des démarches et interroger les entreprises sur leurs impacts. Il ne s’agit pas de substituer une méthode aux obligations de transparence, mais de faire du financement durable un levier de responsabilité environnementale, complémentaire de l’action climatique. Reste une question centrale : dans quelle mesure la pression des investisseurs peut-elle conduire à des changements opérationnels et contribuer à la préservation des écosystèmes ?

Le SBTN veut donner aux investisseurs des repères communs sur la biodiversité

Le programme vise les institutions financières confrontées à des informations parfois difficiles à comparer. En s’appuyant sur les travaux du SBTN, elles peuvent structurer leurs échanges avec les entreprises autour de la localisation des impacts, des dépendances à la nature et des mesures envisagées. La présentation du programme consacré au secteur financier met en avant cette fonction de soutien au dialogue entre financeurs et sociétés.

Les objectifs fondés sur la science ont vocation à aider une entreprise à déterminer où ses activités exercent les pressions les plus importantes et quel niveau de transformation est nécessaire. Le cadre du SBTN couvre notamment les enjeux liés aux terres, à l’eau douce, à la biodiversité et aux océans ; ses méthodes sont organisées en étapes successives, de l’évaluation au suivi. Cette approche peut compléter les outils de reporting, sans se confondre avec eux : mesurer et publier des informations ne garantit pas, à lui seul, une réduction des pressions sur la nature.

Biodiversité : le SBTN compte sur les investisseurs pour inciter les entreprises à agir

Du reporting à l’engagement actionnarial

Pour un investisseur, disposer d’un cadre commun peut rendre les questions adressées aux entreprises plus précises : quelles activités sont prioritaires, quels objectifs sont retenus et comment les progrès seront-ils suivis ? La démarche vise ainsi à dépasser une lecture limitée aux engagements généraux pour examiner leur traduction dans les décisions et les opérations.

Le WWF France présente ce programme comme un moyen d’encourager les entreprises à adopter des objectifs pour la nature. Pour les investisseurs, l’enjeu est aussi d’évaluer si les réponses obtenues sont suffisamment concrètes pour éclairer leurs décisions et leurs échanges avec les dirigeants. L’engagement actionnarial devient alors un canal de suivi, plutôt qu’une simple prise de position ponctuelle.

Des objectifs pour la nature à traduire dans la stratégie des entreprises

Le cadre SBTN repose sur une démarche en cinq temps. Une entreprise commence par évaluer ses liens avec la nature, puis identifie les enjeux prioritaires avant de fixer des objectifs, de mettre en œuvre des actions et d’en suivre les résultats. Cette progression vise à relier les analyses environnementales aux décisions de gestion, plutôt qu’à isoler la biodiversité dans un exercice de communication.

  • Évaluer les impacts et les dépendances de l’activité à l’égard de la nature.
  • Prioriser les lieux et les pressions pour lesquels une action est la plus nécessaire.
  • Fixer des objectifs mesurables et fondés sur les connaissances scientifiques disponibles.
  • Agir et suivre les progrès afin de vérifier si les mesures engagées produisent les effets attendus.

Une entreprise dépendante de ressources en eau, par exemple, peut être amenée à examiner ses prélèvements et les conditions écologiques locales avant de définir des mesures adaptées. Cet exemple illustre l’intérêt d’une approche contextualisée : une même cible générale ne répond pas nécessairement aux pressions propres à chaque territoire. Le fonctionnement du cadre SBTN expliqué par le WWF détaille les étapes qui accompagnent ce travail.

Un levier d’influence, pas une garantie de transformation

Le recours aux investisseurs peut renforcer l’attention portée aux objectifs de nature, notamment lorsque les échanges avec les entreprises s’inscrivent dans la durée. Mais l’existence d’une méthode commune ne suffit pas à démontrer qu’une stratégie produit des résultats écologiques : la qualité des données, la mise en œuvre des mesures et le suivi des progrès restent déterminants.

Pour une société fictive du secteur agroalimentaire, la démarche pourrait conduire à examiner les pressions liées à ses sites d’approvisionnement, puis à discuter avec ses financeurs des priorités et des indicateurs de suivi. Ce scénario n’est pas un cas réel ; il montre comment la méthode peut structurer le dialogue sans préjuger des résultats. La capacité du programme à influencer les pratiques dépendra donc de la manière dont les investisseurs mobiliseront ces repères dans leurs décisions et leur engagement auprès des entreprises.

Le SBTN entend ainsi rapprocher les exigences scientifiques, les décisions de financement et les transformations opérationnelles. Pour la biodiversité, l’enjeu sera de vérifier que cette cohérence se traduit en actions concrètes et durables pour la nature.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.