NEWS

Northvolt, Morrow, Carbon : les raisons derrière la chute des géants européens de la transition verte

Face à une compétition commerciale exacerbée et à une situation géopolitique instable au Moyen-Orient, l’Union européenne durcit sa rhétorique sur la souveraineté industrielle. Pourtant, selon les données disponibles, l’année écoulée a vu la chute économique de plusieurs figures majeures de la transition verte. Un an après la faillite de Northvolt, c’est Morrow qui dépose le bilan, tandis que Carbon sombre à son tour, révélant une fragilité systémique. Les indicateurs économiques suggèrent un faisceau de causes convergentes : coûts de financement durablement élevés, prix de l’électricité volatils, retards d’infrastructures, et concurrence chinoise sur les batteries devenue frontale. Une analyse approfondie révèle que l’industrie européenne a peiné à sécuriser des volumes suffisants et à contenir ses coûts, malgré des annonces publiques nourries d’ambitions climatiques. Le reflux des commandes dans l’automobile électrique et la pression des nouvelles chimies comme le sodium-ion ont achevé d’étirer les trésoreries. Ce décalage entre cap stratégique et exécution opérationnelle alimente un désinvestissement visible des financeurs, qui revoient leurs exigences de rentabilité. À l’échelle des territoires, la fermeture de sites se traduit par des sous-traitants fragilisés et des bassins d’emploi exposés. Faut-il y voir une pause conjoncturelle ou le signal d’un changement d’ère pour la chaîne de valeur des énergies renouvelables et du stockage ?

Chute de Northvolt, Morrow et Carbon : signaux d’alerte pour la transition verte en Europe

Les défaillances successives de Northvolt, Morrow et Carbon traduisent une accumulation de contraintes. D’un côté, le coût du capital a renchéri les projets de gigafactories, avec des écarts de 200 à 300 points de base par rapport à la décennie précédente ; de l’autre, la baisse rapide des prix des cellules, tirée par l’expansion chinoise dans le LFP, a comprimé les marges avant l’atteinte du plein régime industriel. Parallèlement, la demande européenne de véhicules électrifiés a ralenti, alors que certaines orientations réglementaires ont été réajustées, à l’image d’un assouplissement des ambitions pour 2035 qui a entretenu l’incertitude côté constructeurs.

Ce triple effet – financement, prix, demande – explique l’essentiel. Mais il s’additionne à des défis technologiques (ramp-up, rendements, qualité) et à des retards d’infrastructures (raccordements électriques, logistique) qui pèsent sur le point mort des usines. En filigrane, le message adressé aux investisseurs est clair : sans visibilité réglementaire, sécurisation énergétique et effets d’échelle, le risque perçu s’envole.

Northvolt, Morrow, Carbon : les raisons derrière la chute des géants européens de la transition verte

Coûts de financement et énergie : l’équation impossible des usines de batteries

Dans un cycle de taux prolongé, le coût du capital a pesé lourdement sur les projets intensifs en CAPEX. Selon les données disponibles, les lignes de crédit ont été renégociées à des conditions plus strictes, tandis que les primes de risque sectorielles ont augmenté. Ce contexte a freiné la mise à l’échelle et allongé la période précédant l’équilibre d’exploitation. Pour comprendre cet arrière-plan monétaire, il convient de suivre l’évolution des taux d’intérêt, déterminante pour des actifs amortissables sur 10 à 15 ans.

Sur l’énergie, la facture électrique – principale composante OPEX des sites de batteries – reste plus volatile en Europe que dans d’autres régions. Les couvertures de prix se sont révélées imparfaites face aux à-coups gaziers et aux tensions géopolitiques. Résultat : un coût unitaire erratique, difficilement répercutable dans un marché où les prix spot des cellules chutent trimestre après trimestre.

En somme, tant que l’énergie et la dette ne convergent pas vers des trajectoires prévisibles, l’avantage-coût restera hors de portée pour les nouveaux entrants européens.

Concurrence chinoise et course à la taille : un marché des batteries sous pression

Les indicateurs économiques suggèrent que la surcapacité mondiale, alimentée par des acteurs asiatiques intégrés, a accéléré la déflation des prix. L’Europe, fragmentée et moins subventionnée qu’aux États-Unis, a tardé à aligner volumes, normalisation et achats groupés. Ce décalage rappelle d’autres segments industriels où la compétition par les coûts et par l’échelle a sapé la rentabilité locale, à l’instar du recyclage du plastique en Europe fragilisé par la concurrence chinoise.

  • Prix en baisse continue : recul à deux chiffres des cellules LFP depuis 2024, comprimant les marges des sites non amortis.
  • Effets d’échelle : avantage aux fabricants au-delà de 100 GWh/an, capables d’optimiser achats et rendements.
  • Volatilité de la demande : ajustements des carnets EV en Europe, après un pic de commandes post-2022.
  • Pression technologique : montée du sodium-ion et intégration verticale (cathodes/anodes) qui déplacent la valeur.
  • Désinvestissement : réallocation des capitaux vers des segments plus matures ou mieux subventionnés.

Dans ce contexte, pouvait-on rattraper en quelques années une décennie d’avances accumulées par les leaders asiatiques ? La réponse, pour l’instant, est négative, tant que les volumes garantis et la standardisation restent insuffisants.

Défis technologiques : du LFP au sodium-ion, l’agilité manquante

Une analyse approfondie révèle que le passage de pilotes à la production de masse a buté sur des rendements hétérogènes, des taux de rebut élevés et des qualifications clients plus longues que prévu. Pendant ce temps, l’écosystème accélère sur le sodium-ion pour les segments d’entrée de gamme et le stockage stationnaire, rognant les débouchés des sites en montée en cadence sur le NMC ou le LFP. Plusieurs acteurs européens, dont Carbon, ont été pénalisés par des calendriers de pivot tardifs, immobilisant du capital dans des lignes peu compétitives.

Sans bibliothèques de procédés robustes et sans approvisionnement sécurisé en matériaux actifs, la promesse d’un saut technologique se heurte à la réalité manufacturière. L’enseignement est clair : l’agilité industrielle n’est pas un slogan, mais une capacité d’exécution continue.

Politiques publiques et cap industriel : quand la cohérence prime sur l’effet d’annonce

Au-delà des plans, les signaux réglementaires doivent rester lisibles. Les révisions successives du cadre européen – du calendrier automobile à certaines exigences ESG – ont entretenu l’attentisme des acheteurs, sujet documenté à travers les inflexions du Pacte vert. Les effets d’annonce ne compensent pas les écarts de coûts lorsque subventions, PPA carbone-free et achats publics groupés ne sont pas parfaitement orchestrés.

La comparaison internationale éclaire aussi le débat : l’IRA américain a garanti des incitations stables et massives, tandis que l’Europe a multiplié les schémas nationaux, parfois concurrents. À moyen terme, cela accroît le risque perçu et nourrit le désinvestissement. La leçon vaut pour l’ensemble des énergies renouvelables : selon les données disponibles, une coordination fine entre marché, commande publique et innovation s’avère indispensable pour éviter d’autres décrochages.

Chaîne de valeur et ancrage local : l’exemple d’un sous-traitant pris en étau

Chez Helios Components, PME fictive d’assemblage de boîtiers en Bohême, 180 salariés produisaient des lots hebdomadaires destinés à deux gigafactories européennes. La faillite de Morrow a coupé 60 % du carnet, puis l’arrêt de Northvolt a asséché le besoin en pièces de rechange. Les banques ont raccourci les lignes de trésorerie, quand les stocks immobilisés perdaient de la valeur avec la baisse des prix. Ce cas illustre l’effet domino sur les territoires, au-delà des têtes d’affiche.

Sans marchés de débouché alternatifs ou passerelles vers d’autres segments électrifiés (stockage résidentiel, applications B2B), les sous-traitants subissent l’intégralité du choc. L’enjeu n’est pas seulement macroéconomique : il est social et territorial.

Et maintenant ? Pistes réalistes pour l’industrie européenne des batteries

Les options stratégiques existent. D’abord, concentrer les capacités sur des niches rentables – stockage stationnaire, modules pour flottes, chimies à faibles coûts d’intrants – afin de réduire l’exposition frontale à la course aux volumes. Ensuite, accélérer la standardisation d’achats et la mutualisation des risques via des contrats d’approvisionnement long terme, soutenus par la commande publique. Enfin, sécuriser une énergie bas-carbone prévisible à travers des PPA mieux calibrés et un calendrier industriel stabilisé.

Le redressement passe aussi par une lucidité sur la demande. Les indicateurs économiques suggèrent une électrification progressive des usages et une consommation d’électricité en hausse, comme le rappelle l’évaluation mondiale de l’énergie. À condition d’aligner objectifs et moyens, l’Europe peut réancrer des segments critiques du stockage. À défaut, le risque est de multiplier les « allers-retours » réglementaires, déjà visibles avec l’évolution du calendrier 2035, et d’entretenir un cycle de retards.

Reste une question : l’industrie européenne peut-elle transformer ces défis technologiques en avantage comparatif via la qualité, la durabilité et l’intégration système ? Une analyse approfondie révèle que la réponse dépendra d’une gouvernance plus cohérente et d’une exécution sans faille, moins sensible aux aléas politiques et financiers. À ce prix, la page ouverte par les échecs de Northvolt, Morrow et Carbon pourrait encore s’écrire au futur.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.