Dans la Loire, la verrerie OI utilise sa chaleur fatale pour couvrir ses besoins énergétiques
La verrerie OI de Veauche, détenue par l’américain Owens Illinois, va réutiliser la chaleur émise par ses fours pour chauffer ses bâtiments. Grâce à un partenariat avec Engie Solutions, cette initiative permettra à l’usine de couvrir une grande partie de ses besoins en chauffage et en eau chaude sanitaire en utilisant les calories perdues jusqu’à présent. Cette démarche s’inscrit dans le contexte plus large de réduction des émissions de carbone dans l’industrie et des réseaux de chaleur collectifs. La verrerie produit environ 580 tonnes d’emballages en verre par jour, dont une majorité est destinée aux marchés premium des spiritueux. Une partie du verre est également fabriquée à partir de matériaux recyclés. Avec près d’un million de bouteilles produites quotidiennement, la consommation énergétique est considérable pour maintenir 400 tonnes de verre en fusion en permanence. Ces chiffres soulignent l’importance pour le groupe américain Owens Illinois (CA 2022 : 6,9 milliards de dollars ; 24 500 salariés) d’examiner attentivement les aspects liés à la consommation énergétique dans ses opérations mondiales.
Utilisation interne et potentiellement externe
L’usine de verrerie veauchoise va désormais optimiser sa consommation énergétique en récupérant la chaleur fatale produite par ses fours industriels. Cette initiative permettra d’économiser 930 tonnes de CO2 par an grâce à l’utilisation des calories qui étaient jusqu’à présent perdues dans l’air. Un échangeur sera installé pour chauffer de l’eau avec les fumées à haute température, et cette eau servira à alimenter un nouveau réseau interne de distribution d’énergie, assurant ainsi 94% des besoins en chauffage et eau chaude sanitaire de l’usine. Engie soutient financièrement ce projet, et une partie de la chaleur fatale restante pourra potentiellement être utilisée pour chauffer d’autres infrastructures environnantes, telles que l’école voisine. Les travaux devraient être terminés d’ici la fin de 2025.
Un important site industriel produisant 94,3 TWh
La récupération de la chaleur fatale des usines françaises est encore en cours, et il reste beaucoup à faire. En 2020, environ 94,3 TWheure de chaleur n’ont pas été exploités, représentant plus du tiers de la consommation énergétique industrielle. Les industries du ciment et du verre contribuent à hauteur de 11% à cette chaleur fatale, tandis que l’industrie agroalimentaire en fournit 31%, bien que sa température soit moins élevée. En Auvergne Rhône-Alpes, les industries chimiques possèdent un gisement estimé à 13,8 TWh. La récupération de cette chaleur peut être utilisée pour couvrir les besoins internes ou alimenter des réseaux collectifs. A Lyon par exemple, une grande partie des calories distribuées proviennent d’énergies renouvelables et récupérées.
Les acteurs privés restent cependant frileux en raison d’obstacles économiques difficiles à surmonter dans le contexte actuel. Néanmoins, la récupération de chaleur fatale est jugée très rentable pour tous les intervenants dans les zones densément peuplées.
En France en 2022, seulement 1,1% de l’énergie des réseaux urbains provenait de la récupération de chaleur fatale. Des aides financières sont disponibles pour soutenir ces projets avec notamment le fonds chaleur qui a alloué environ 4% des subventions aux projets liés à la récupération de chaleur fatale.
La stratégie française pour l’énergie vise valoriser environ 20 TWh/an de chaleur fatale dans les réseaux urbains d’ici 2030 mais en 2021 seulement un quart avait été atteint.