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Le technofascisme : un fascisme entrepreneurial dépourvu de peuple, selon Nastasia Hadjadji

Publié le 14 juillet 2026, le débat sur le technofascisme s’impose au croisement de l’économie numérique et de la démocratie libérale. Selon les données disponibles, une partie des élites de la tech ne vise plus uniquement l’innovation et la rentabilité mais porte désormais un projet de technologie et politique imbriquées, au service d’un pouvoir technologique privé. Dans Apocalypse Nerds, Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet décrivent un fascisme entrepreneurial caractérisé par l’absence de peuple : l’allégeance ne va pas à une base citoyenne, mais à des capteurs, des plateformes et des investisseurs. À la clé, un glissement vers un autoritarisme numérique fondé sur la collecte de données, la standardisation des comportements et l’automatisation des sanctions, souvent sans véritable contre-pouvoir public.

Une analyse approfondie révèle que cette configuration s’enracine dans la financiarisation de la tech et la domination des infrastructures (cloud, IA, réseaux publicitaires) qui capturent la valeur et dictent des normes privées. Les indicateurs économiques suggèrent une concentration de marché renforcée par les effets de réseau et des barrières d’entrée technologiques élevées. Dans ce contexte, l’ouvrage de Nastasia Hadjadji gagne en acuité : la domination technologique actualise une idéologie technocratique qui prétend « optimiser » la société, tout en déplaçant hors du champ démocratique des choix collectifs essentiels. Ce cadrage appelle une vigilance accrue face à des instruments de contrôle social discrets mais puissants, désormais au cœur des chaînes de valeur numériques.

Technofascisme et fascisme entrepreneurial : définitions et enjeux économiques

Dans l’approche exposée par Hadjadji, le technofascisme ne s’appuie pas sur la mobilisation de masse, mais sur l’emprise d’infrastructures privées qui régulent l’accès aux services, au travail et à l’information. Le terme de fascisme entrepreneurial désigne ce pouvoir fondé sur le capital-risque, les plateformes et les contrats, plutôt que sur un parti de masse : l’absence de peuple n’est pas un manque mais une méthode, où le code et la donnée remplacent les foules et les urnes.

Sur le plan économique, l’arbitrage des plateformes entre producteurs, consommateurs et travailleurs s’effectue via des algorithmes opaques. Ce design institutionnalise une forme d’autoritarisme numérique en contournant le droit du travail, les règles antitrust ou la délibération parlementaire. Dans cette perspective, l’idéologie d’« optimisation » se traduit en standards techniques, ensuite généralisés à l’ensemble d’un marché par simple effet d’usage. Insight clé : quand la norme devient un produit, la souveraineté bascule vers celles et ceux qui la codent.

Le technofascisme : un fascisme entrepreneurial dépourvu de peuple, selon Nastasia Hadjadji

Du pilotage des plateformes au contrôle social : les nouveaux outils du pouvoir technologique

L’architecture des plateformes traduit une politique implicite : qui est visible, qui peut vendre, qui peut travailler, qui peut parler. Cette grammaire de la donnée façonne des routines de contrôle social capables d’exclure à grande échelle, sans procédure contradictoire. Des cas étudiés, notamment autour de Palantir ou des crypto-communautés, éclairent la logique de gouvernance qui s’exporte des entreprises vers l’État et inversement, comme le montre cette enquête détaillée sur les liens entre Doge, Palantir et Peter Thiel disponible sur Multinationales.org.

Ces instruments agrègent des décisions micro (notation de fiabilité, filtrage automatisé) en un ordre macro qui ressemble à une régulation, sans en être une. Ils instaurent une domination technologique d’autant plus profonde qu’elle est invisible pour les usagers finaux. En bref, l’algorithmique devient une architecture de pouvoir.

  • Scorage comportemental des travailleurs et vendeurs, orientant l’accès aux missions et aux clients.
  • Modération automatisée des contenus, déplaçant la liberté d’expression vers des chartes privées.
  • Intermédiation opacifiée (classements, recommandations), qui décide de la visibilité économique.
  • Externalisation de fonctions régaliennes (surveillance, identification), via des contrats logiciels.
  • Conception de “villes intelligentes” où la collecte permanente de données devient un prérequis d’accès.

Pourquoi est-ce décisif ? Parce que ces briques, combinées, reconfigurent le marché et la citoyenneté en amont, avant toute contestation possible.

Nastasia Hadjadji : un diagnostic sur l’absence de peuple et la domination technologique

Dans Apocalypse Nerds, Hadjadji et Tesquet décrivent une scène politique où des entrepreneurs entendent « refonder » le monde par l’ingénierie, quitte à contester la légitimité des institutions élues. Une enquête récente souligne ce déplacement : plutôt que de corriger la démocratie, certains acteurs veulent s’en affranchir. Sur le plan empirique, l’analyse de Nonfiction corrobore ce glissement doctrinal, nourri par des expériences de gouvernance privée au cœur des big tech.

Selon les données disponibles, cette dynamique s’est accélérée à partir de 2025, avec des proximités croissantes entre figures de la Silicon Valley et sphères gouvernementales américaines, comme le rappelle une enquête du Monde. Dans ce cadre, l’idéologie technocratique naturalise l’idée qu’un petit nombre d’ingénieurs et d’investisseurs, outillés par l’IA et le cloud, seraient plus aptes à « optimiser » les choix collectifs que des citoyens. Insight : l’absence de peuple n’est pas une lacune, c’est le principe d’organisation.

La grille de lecture proposée par l’autrice trouve un écho dans plusieurs médias et entretiens, dont cette analyse interrogeant la gouvernance réelle produite par la tech et ce décryptage de Novethic décrivant un « fascisme entrepreneurial » assumant sa verticalité. L’angle commun : le pouvoir ne s’exhibe pas, il s’implémente.

Technologie et politique : effets sur l’emploi, la concurrence et la consommation

Les indicateurs économiques suggèrent trois zones d’impact. D’abord, le marché du travail : la gestion algorithmique des tâches fragmente l’emploi, ubiquise la subordination et érode le droit collectif. Exemple fictif, mais plausible : chez « Neuracart », plateforme de livraison, un nouveau modèle prédictif « optimise » les tournées, tout en déréférençant sans appel les coursiers jugés « à risque » par le scoring interne. Cette « efficacité » traduit un autoritarisme numérique appliqué à la relation de travail.

Ensuite, la concurrence : l’intégration verticale (cloud + IA + distribution) crée des goulets d’étranglement. Les PME dépendantes d’API gatekeepées négocient à découvert, faute d’alternatives crédibles. Enfin, la consommation : la personnalisation publicitaire se mue en architecture de choix verrouillée, où l’usager paie avec ses données pour accéder à des services dits « essentiels ». Morale économique : quand l’intermédiation devient la règle, le consommateur perd en autonomie informationnelle.

Des éclairages complémentaires sont proposés dans des entretiens avec les auteurs, notamment sur Blast ou en format audio sur Trench Tech, qui interrogent les angles morts d’une gouvernance privée par défaut. Question directrice : qui décide des paramètres par lesquels chacun est évalué ?

Comment endiguer l’autoritarisme numérique : leviers économiques, juridiques et citoyens

La réponse passe par une combinaison de politiques publiques et de stratégies industrielles. Sur le plan concurrentiel, les autorités peuvent cibler les effets de verrouillage (bundling cloud/IA/publicité) et imposer l’interopérabilité pour restaurer des marges de manœuvre aux PME. Côté commande publique, la révision des critères d’achats numériques doit conditionner les contrats à des exigences de traçabilité et d’auditabilité des modèles, afin de contrecarrer une domination technologique par asymétrie d’information.

Au niveau démocratique, l’enjeu est de mettre en visibilité l’« invisible » : cartographier les externalités des systèmes algorithmiques et ouvrir des voies de contestation effectives. À l’échelle européenne, la mise en œuvre des textes sur l’IA et les services numériques doit s’accompagner d’équipes de contrôle dotées de compétences techniques et de moyens d’enquête. Clé d’action : une régulation qui sait lire du code et des logs.

  • Transparence opérationnelle : registres publics des systèmes à haut impact (usage, données, performances, incidents).
  • Auditabilité obligatoire : accès tiers aux modèles et jeux d’essai pour vérifier biais et robustesse.
  • Interoperability by default : éviter l’enfermement propriétaire des écosystèmes cloud/IA.
  • Remèdes pro-concurrence ciblés : séparation fonctionnelle des infrastructures stratégiques.
  • Droits effectifs de recours pour travailleurs et consommateurs face aux décisions automatisées.

Au fond, contenir le technofascisme consiste à réinscrire le pouvoir technologique dans l’État de droit et la délibération publique, afin que la technique n’ait plus le dernier mot mais le meilleur argument.

Cécile Divolic

Cécile Divolic

Passionnée par les enjeux économiques contemporains, je m'efforce de déchiffrer les tendances et d'informer le grand public sur des sujets complexes. Mon expertise et mon expérience me permettent de traiter de manière claire et accessible des thèmes variés, allant de la finance aux politiques économiques.