Financement des énergies fossiles : plongez au cœur des banques les plus impliquées
906 milliards de dollars ont été dirigés vers les énergies fossiles en 2025 par les plus grandes banques mondiales, selon le rapport annuel « Banking on Climate Chaos ». Cette progression, la deuxième année consécutive, intervient alors que plusieurs établissements, notamment en Europe et au Canada, annoncent une réduction de leur exposition et des politiques de désengagement. Une analyse approfondie révèle que l’écart entre les engagements de responsabilité sociale et la réalité du financement persiste : entre 2021 et 2024, les grands prêteurs ont accordé plus du double de crédit aux hydrocarbures qu’aux projets « soutenables », selon les données disponibles. Les indicateurs économiques suggèrent un arbitrage dicté par la rentabilité, la sécurité d’énergie et une perception du risque encore favorable aux actifs fossiles, malgré leur impact environnemental et l’intensité de leur carbone.
Dans ce contexte, l’économie réelle reste au cœur du paradoxe. D’un côté, les marchés de capitaux exigent des trajectoires alignées avec l’Accord de Paris ; de l’autre, les besoins de liquidité et la volatilité des prix de l’énergie confortent la demande de crédit pour le pétrole et le gaz. Selon les données disponibles, la France illustre cette tension : six établissements ont mobilisé près de 215 milliards de dollars pour les fossiles sur 2021-2024, alors que certains acteurs nationaux amplifient leurs investissements dans les renouvelables. Reste une question centrale : comment accélérer la réallocation du capital sans fragiliser les bilans bancaires et la stabilité macroéconomique ? Les trajectoires observées en 2025-2026 éclairent les lignes de force d’un secteur bancaire sommé de concilier financement de l’économie, gestion des risques climatiques et ambition de transition.
Financement des énergies fossiles : chiffres clés 2025 et tendances 2026
Selon le rapport « Banking on Climate Chaos », les prêts, émissions obligataires et services de marché liés aux énergies fossiles ont atteint 906 milliards de dollars en 2025, confirmant une hausse continue. Ce niveau s’inscrit dans une dynamique repérée depuis 2021, année à partir de laquelle les financements ont retrouvé un plateau élevé, comme l’a documenté la presse économique (au plus haut depuis 2021). À l’échelle globale, une analyse approfondie révèle que les banques nord-américaines demeurent fortement exposées, quand une partie des établissements européens et canadiens entament un recentrage sectoriel, sans toutefois inverser la tendance mondiale.
Entre 2021 et 2024, les grandes banques ont accordé plus du double de financements aux hydrocarbures qu’aux activités « soutenables » — un écart chiffré et consolidé par plusieurs ONG et médias spécialisés (deux fois plus de financements aux énergies fossiles ; selon une étude relayée par Franceinfo). Les indicateurs économiques suggèrent que la conjoncture énergétique de 2022-2023 a pesé : l’envolée des prix a renforcé la rentabilité attendue et la bancabilité de projets fossiles, prolongeant un biais de crédit en leur faveur. Point de vigilance : cet appétit conforte des actifs à forte intensité de carbone, potentiellement exposés aux risques de transition.
Banques les plus impliquées : cartographie et cas français
Une lecture par pays met en évidence un fossé persistant : les grands établissements américains et, dans une moindre mesure, certains canadiens, accordent encore des montants substantiels aux hydrocarbures, quand plusieurs acteurs européens resserrent les critères sectoriels. En France, six établissements totalisent environ 214,9 milliards de dollars de financement aux fossiles sur 2021-2024, un résultat qui illustre une transition encore inachevée (les banques françaises peinent à basculer dans le vert). D’après des données sectorielles, environ 100 milliards proviendraient de quatre groupes tricolores de premier plan, témoignant de l’empreinte de la place financière sur ce marché (BNP Paribas, Société Générale, BPCE…).
Le tableau est cependant nuancé. Certains établissements spécialisés ont basculé plus franchement vers la transition : La Banque Postale et Crédit Mutuel affichent des investissements dans les alternatives entre sept et neuf fois supérieurs à leurs soutiens fossiles, selon des analyses de place (les banques continuent de privilégier les énergies fossiles). En filigrane, l’hétérogénéité des politiques internes — plafonds d’exposition, exclusions par segment (charbon thermique, sables bitumineux), conditions de crédit liées aux plans de transition — explique des trajectoires divergentes. Insight : la gouvernance et la granularité sectorielle priment sur les slogans.
Engagements climatiques vs réalité du crédit : pourquoi l’écart persiste
Comment expliquer que les flux vers les énergies fossiles résistent alors que les promesses s’accumulent ? Selon les données disponibles, trois forces pèsent : la rentabilité ajustée du risque, la sécurité d’énergie perçue par les États et la liquidité immédiate des marchés fossiles. Cas d’école : un producteur gazièr fictif, « Helios Nord », sollicite une banque européenne pour refinancer un terminal LNG. Le comité de crédit pondère un flux de trésorerie robuste, des contrats long terme et un prix du gaz stabilisé, face à un impact environnemental élevé et au risque d’« actifs échoués ». Résultat : financement validé, mais assorti d’un plan de décarbonation, d’un capex de réduction du méthane et d’un calendrier de sortie. Les indicateurs économiques suggèrent qu’à court terme, la prime de risque reste, souvent, du côté des fossiles.
- Intensité carbone des revenus (Scope 1-3) et trajectoire alignée sur 1,5-2 °C ;
- Qualité des plans de transition (investissements bas-carbone, fermeture d’actifs) ;
- Tests de résistance (stress tests climatiques) et risques physiques ;
- Exposition géopolitique et stabilité réglementaire des pays producteurs ;
- Réputation et attentes des actionnaires en assemblée générale ;
- Liquidité de marché et appétit des investisseurs pour la dette fossile.
Au-delà des politiques d’exclusion, la discipline de risque devient décisive. Des référentiels et analyses dédiées à la surveillance prudentielle se structurent, avec des chantiers sur la gouvernance des risques environnementaux et climatiques, utiles pour piloter la réallocation du capital (surveillance bancaire face aux risques environnementaux). Point-clé : coordonner exigences prudentielles et incitations de marché pour infléchir la courbe.
Conséquences économiques et environnementales : verrouillage carbone et coût de la transition
La poursuite du financement fossile crée un effet de « lock-in » : chaque nouvelle infrastructure prolonge la durée d’exploitation d’actifs à forte intensité carbone, au risque de renchérir ultérieurement la transition. À moyen terme, ce biais peut entraîner une hausse des coûts de capitaux pour les secteurs bas-carbone et retarder l’inflexion des émissions, alors même que les trajectoires net zéro exigent un pic avant 2030. Selon une étude d’experts, la place des établissements français dans ce jeu d’équilibre reste centrale, entre soutien à l’économie et impératifs d’alignement stratégique (une étude sectorielle de Sia Partners).
Dans les enceintes décisionnelles, les actionnaires renforcent la pression, avec des résolutions climatiques de plus en plus techniques et ciblées sur les portefeuilles de crédit et d’investissements, tandis que la communauté financière cherche à redonner un cap commun à la finance durable une décennie après l’Accord de Paris (donner un nouvel élan à la finance durable). Insight final : sans mécanismes clairs de prix du carbone, de taxonomie et d’objectifs intermédiaires contraignants, l’arbitrage économique penche encore vers le court terme.
Cartographie géographique : trajectoires européennes, contraste nord-américain
Les données 2025 indiquent un reflux partiel de l’exposition dans plusieurs établissements européens et canadiens, via des plafonds plus stricts, l’exclusion de projets « greenfield » pétroliers et des conditions de crédit indexées à la baisse des émissions. Toutefois, les banques américaines restent parmi les plus actives ; et, malgré des signaux d’amélioration au Canada, l’ensemble nord-américain affiche encore un ratio défavorable entre fossiles et projets « soutenables ». Ce décalage nourrit la perception d’un leadership européen sur les normes, mais d’une puissance de feu toujours dominante outre-Atlantique. En synthèse : la géographie des flux façonne le tempo de la transition.
La scène française demeure contrastée : si plusieurs acteurs renforcent la sélectivité sectorielle, la somme agrégée de 2021-2024 souligne la persistance d’une empreinte fossile significative, appuyée par des besoins de financement de l’énergie et des infrastructures. À l’inverse, l’essor des obligations vertes et des prêts SLL devrait, selon les données disponibles, accélérer la part des actifs bas-carbone sur 2026-2028, à condition d’un signal-prix carbone prévisible et d’un pipeline de projets matures. Pour une vue d’ensemble consolidée, des recensions d’ONG et de médias spécialisés offrent des repères quantifiés et convergents (lecture comparative des flux mondiaux).
Outils d’influence et gouvernance : le rôle des assemblées générales et des investisseurs
La saison des AG a intensifié les débats autour des plans de sortie du pétrole et du gaz, de l’arrêt des nouveaux projets et de l’alignement des portefeuilles sur 1,5 °C. Les investisseurs activistes articulent désormais leurs demandes autour d’objectifs de baisse absolue d’émissions sur portefeuilles de crédit et d’investissements, avec des échéances annuelles et des leviers concrets (covenants, marges ESG, capex dédiés). Cette dynamique s’inscrit dans une pression croissante sur les grandes institutions financières et leurs émetteurs clés, largement documentée par les observateurs des marchés et de la gouvernance (les assemblées générales sous pression). À terme, la combinaison d’exigences actionnariales et de supervision prudentielle pourrait rebattre l’ordre des priorités.
En parallèle, l’ingénierie financière s’adapte : fonds thématiques, obligations de transition, produits liés au carbone et critères d’exclusion sectorielle plus fins. Des initiatives d’investissements ciblant des entreprises à empreinte mesurée gagnent en visibilité, avec l’ambition de réconcilier performance et responsabilité sociale (entreprises maîtrisant leur empreinte carbone). Dernier enseignement : la crédibilité passera par des métriques harmonisées, des audits indépendants et une transparence accrue sur l’usage des fonds.