Diego Landivar : Pourquoi notre économie ne peut plus reposer sur des ressources qui s’épuisent
Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes et à l’érosion accélérée de la biodiversité, une analyse approfondie révèle que l’architecture de valeur des entreprises reste largement bâtie sur des ressources épuisables. C’est précisément le diagnostic porté par Diego Landivar, économiste et anthropologue, dont les travaux sur l’Anthropocène éclairent la fragilité de modèles d’affaires dépendants d’actifs écologiques qui se raréfient. Selon les données disponibles, les chaînes d’approvisionnement, l’énergie et l’eau, mais aussi la microbiologie et les sols, conditionnent la continuité d’activité bien davantage qu’on ne l’admet dans les documents stratégiques. À l’heure où la transition énergétique, l’économie circulaire et le développement durable s’imposent comme des impératifs concurrentiels, l’enjeu n’est plus de “verdir” à la marge, mais de refonder la gestion des ressources pour réduire l’impact environnemental et maintenir la résilience économique.
Les indicateurs économiques suggèrent qu’en 2026, la contrainte physique – disponibilité de l’eau, tensions sur les biomatériaux, coût de l’énergie de pointe – pèse désormais aussi lourd que les variables financières classiques. Dans ce contexte, Landivar propose une grille de lecture opératoire: distinguer les organisations qui font le pari de l’adaptation radicale et celles qui s’arc-boutent sur leur héritage industriel. De la montagne sans neige aux vallées agricoles frappées par la sécheresse, les entreprises qui prospèreront seront celles qui auront identifié leur dépendance aux ressources naturelles critiques et orchestré des renoncements ciblés. La question n’est pas rhétorique: comment un acteur économique peut-il rester performant si son socle biophysique se délite?
Diego Landivar et l’économie de l’Anthropocène: sortir d’un modèle fondé sur des ressources épuisables
Spécialiste de la redirection écologique, Landivar enseigne à la Clermont School of Business; son parcours académique et ses publications sont accessibles via son profil institutionnel. Son entretien de référence sur la transformation des modèles économiques à l’ère de l’Anthropocène explicite le dilemme actuel: persister dans des trajectoires à fort contenu extractif, ou accepter des renoncements structurants; on en retrouve les lignes de force dans cette analyse publiée par Novethic. Dans cette perspective, les dépendances invisibles – eau, sols, microbiotes, forêts, hydrocarbures – cessent d’être des « externalités » pour redevenir des variables stratégiques de premier ordre.
Une illustration concrète éclaire ce renversement. Certains industriels, à l’image de géants du pneumatique ou de l’agroalimentaire, adossent encore leur rentabilité à des chaînes de valeur nourries par l’hévéa, les hydrocarbures, l’élevage intensif ou des ressources naturelles soumises à des chocs climatiques répétés. Comme l’a formulé le physicien José Halloy, plusieurs de ces solutions tiennent de « technologies zombies »: elles paraissent viables tant que l’on y injecte des capitaux, mais leur base matérielle se dérobe. Cette réalité, inconfortable pour le management, oblige à arbitrer autrement le capital, l’innovation et l’exposition aux aléas physiques. La hiérarchie des risques s’en trouve de fait bouleversée.

Entreprises sentinelles vs citadelles: un cadre d’analyse pour décider sous contrainte écologique
Landivar distingue les entreprises sentinelles, qui perçoivent tôt le changement de régime écologique et ajustent leurs modèles, des entreprises citadelles, qui se retranchent derrière des plans de robustesse sans altérer leurs choix structurants. Dans les territoires de moyenne montagne, une station fictive, MontBrume Territoires, illustre cette bascule: fin du « tout-ski », diversification vers les activités quatre saisons, cogestion de l’eau avec les communes, et abandon progressif d’équipements énergivores. Cette posture rejoint l’idée, formulée par Emmanuel Bonnet, d’« identifier sa neige »: repérer l’actif écologique qui, s’il disparaît, emporte tout le modèle d’affaires.
Cette translation stratégique s’apparente à une « humilité opératoire »: reconnaître que tout n’est plus sous contrôle, que certains marchés ne sont plus soutenables et qu’il faut organiser des renoncements pour rendre l’activité compatible avec la nouvelle donne climatique. Les entreprises citadelles, elles, privilégient la rhétorique de la résilience sans toucher au cœur des revenus, ce qui reporte la prise de risque à plus tard et accroît l’exposition aux chocs. À quel moment l’anticipation cesse-t-elle d’être un coût pour redevenir un avantage compétitif?
- Cartographier les dépendances biophysiques critiques (eau, sols, biodiversité, énergie) et leurs points de défaillance.
- Stress-tester les marges et les CAPEX à l’aune de scénarios de changement climatique non linéaires.
- Prioriser des renoncements ciblés: segments, zones, produits à fort passif écologique.
- Réallouer le capital vers l’économie durable, l’économie circulaire et l’adaptation territoriale.
- Mesurer des preuves d’impact environnemental et les intégrer à la rémunération variable.
- Instituer une gouvernance « sentinelle »: vigies climat-biodiversité au comité d’investissement.
Ce cadre est moins un slogan qu’un protocole décisionnel: il oriente rapidement l’allocation de ressources, là où l’inertie coûte le plus cher.
Défuturation: penser le futur autrement pour réussir la transition énergétique
Dans un contexte de discontinuités, la « défuturation » désigne la sortie d’une posture de maîtrise du futur au profit d’une action située et réencastrée dans les limites planétaires. Pour approfondir ce concept, l’entretien « Défuturation » revient sur l’idée de renoncer à des futurs déjà obsolètes, c’est-à-dire incompatibles avec les contraintes biophysiques; une mise en perspective utile est disponible ici: renoncer à des futurs obsolètes. En pratique, cela signifie accepter que certains risques ne soient plus probabilisables, et privilégier des stratégies d’atténuation et d’adaptation sobres en matière et en énergie.
Ce changement de cap rencontre des résistances internes: dans plusieurs groupes industriels, les équipes d’ingénierie plaident pour réduire la dépendance à des véhicules lourds ou à des intrants fossiles, quand la direction commerciale défend des segments encore profitables. La médiation passe par la preuve économique des renoncements (OPEX, CAPEX, coût du risque physique) et par une narration stratégique claire. On voit d’ailleurs ce débat s’installer dans l’espace public professionnel, comme en témoignent des échanges relayés sur les réseaux spécialisés, par exemple cette prise de position. L’enseignement clé tient en une phrase: mieux vaut un futur viable que plusieurs scénarios intenables.
De l’économie circulaire aux preuves d’impact: financer la gestion des ressources et arbitrer les renoncements
L’économie réelle se reconfigure déjà: la reterritorialisation d’approvisionnements et la diversification matière/énergie modifient coûts, délais et exposition aux ruptures; cette dynamique est détaillée dans une analyse sur la refonte des flux logistiques: le climat révolutionne la carte des approvisionnements. Dans l’industrie, la boucle matière progresse, à l’image des initiatives sectorielles décrites ici: économie circulaire dans le textile. Ces mouvements ne relèvent plus de la communication, mais d’un arbitrage économique face à la rareté.
Sur le plan de la régulation et des normes, l’accent se déplace vers la vérifiabilité des résultats: « promesses » et déclarations générales cèdent le pas à des indicateurs traçables de réduction des pressions sur les écosystèmes. Cette exigence est illustrée par l’appel à des preuves concrètes d’impact, discuté dans cette ressource sur les systèmes de management: place aux preuves d’impact. Du côté des capitaux, les signaux d’allocation vers la transition énergétique se multiplient, comme en témoigne la consolidation d’actifs renouvelables à l’échelle européenne: mouvements stratégiques dans les renouvelables. Le fil rouge demeure le même: prouver, puis financer, ce qui diminue effectivement la pression sur les ressources naturelles.
Enfin, comprendre les ressorts intellectuels de cette mutation aide à l’exécuter. Les publications scientifiques et les contributions de Diego Landivar et de ses collègues fournissent une base de travail utile, que l’on peut compléter par des lectures transversales, des entretiens de fond et des retours d’expérience. Pour un panorama de ses travaux et interventions, on pourra consulter cet aperçu des débats récents ainsi que, pour élargir le regard, des analyses dédiées à la gestion des ressources et au développement durable publiées par des médias spécialisés. Une fois la preuve établie, la bascule s’opère: la stratégie cesse d’être un récit pour redevenir un système d’obligations concrètes.
